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Kyste pilonidal 

douleur du au kyste pilonidal

Introduction 

Le kyste pilonidal (appelé également sinus pilonidal), c’est quoi cette affaire ? Et bien, c’est une histoire de fesses, ou plus exactement une affaire de raie des fesses.

Oh la la, c’est bien trivial tout ça ! N’oubliez pas que c’est un médecin qui écrit cet article … c’est à dire moi, et en tant que médecin, j’ai le droit d’être un peu trivial, car c’est dans nos gènes…de médecins.

L’étymologie du mot pilonidal a des origines latines (comme souvent en médecine avec bien sûr le grec). “Pilo” en latin veut dire poil, et “nodal” veut dire nid.

Le kyste pilonidal, également appelé sinus pilonidal, est donc littéralement un “nid à poils”. Il est plus exactement lié à une prolifération de poils dans le derme. Cette dernière donnant lieu à suppuration aigüe ou chronique.

La localisation la plus fréquente de ce kyste pilonidal est située au niveau du sacrum et/ou du coccyx (région sacro-coccygienne).

C’est à cause de cette localisation que l’on appelait auparavant cette maladie le kyste sacro-coccygien (utilisée encore à ce jour par pas mal de monde). 

En plus d’être une affaire de fesses, c’est en plus une affaire sexiste et de génération.

En effet, cela touche très majoritairement les jeunes entre 15 et 30 ans, et en très grande majorité, les hommes.

Manifestations du kyste pilonidal 

Pathogénie 

Ce kyste pilonidal est en fait une cavité qui se forme dans le derme.

Pour rappel, la peau humaine est constituée de 2 couches. La couche supérieure, l’épiderme, et la couche inférieure, le derme. Le derme est prolongé en profondeur par l’hypoderme. Le derme est irrigué par des vaisseaux sanguins assurant la nutrition de la peau (y compris l’épiderme par diffusion). Il est riche en protéines (fibres de collagènes, de fibronectine, d’élastine), assurant une bonne assise de l’épiderme. Il a également un rôle majeur dans la thermorégulation, la cicatrisation ainsi qu’un rôle d’élimination de produits toxiques par la sueur. 

Certaines personnes possèdent au niveau de leur sillon inter-fessier des petites fossettes. C’est au niveau de ces fossettes, que des poils vont pouvoir pénétrer dans la peau. Les poils vont migrer sous la peau en créant un trajet fistuleux. Le problème, est qu’une fois que les poils ont fini leur voyage, ils se retrouvent dans une région où ils n’ont rien à faire ! L’organisme va alors les considérer comme des corps étrangers et va tout faire pour les détruire.  Il va alors engager les hostilités en déclenchant une réaction inflammatoire. S’ensuivra la formation d’un granulome inflammatoire qui prendra l’aspect d’un pseudo-kyste : le kyste pilonidal. Pourquoi un pseudo-kyste ? Tout simplement parce que ce granulome inflammatoire ne possède pas de paroi propre. 

Par la suite plusieurs possibilités : Le kyste pilonidal

  • reste juste inflammatoire provoquant une gêne, mais sans douleur.
  • s’infecte en provoquant un abcès aigüe, et là, grosses douleurs en perspective.
  • s’infecte et provoque une fistulisation chronique au niveau de la peau. Douleurs modérées généralement, mais expulsion d’un liquide plus ou moins purulent au travers de la peau en continue (avec souillure des sous-vêtements et des draps : pas glamour !). 

Symptomatologie 

Les symptômes sont réservés aux formes compliquées de kyste pilonidal.

Les formes justes inflammatoires et non infectées, sont souvent asymptomatiques, ou provoquent juste une gêne modérée. 

Forme aigüe : Abcédation aigüe du kyste pilonidal 

Dans ce cas-là, on aura plusieurs symptômes possibles. Le principal sera l’apparition d’une tuméfaction : 

  • Tuméfaction rouge, c’est à dire une grosseur sous la peau avec la peau de couleur rouge. 
  • Cette tuméfaction est chaude. 
  • Elle est située au niveau du sillon inter-fessier, ou légèrement sur son coté. 
  • Cette tuméfaction est très douloureuse et souvent pulsative (c’est à dire que l’on a la perception des battements du cœur). 
  • Elle est d’apparition brutale ou alors un peu plus progressive. 
  • Le pus peut parfois s’extérioriser à la peau par rupture du kyste pilonidal au niveau d’une fossette, ou alors, il peut aussi s’écouler par un ou plusieurs orifices de la peau que l’on appelle des fistules. 

Si l’abcès est vraiment très sévère, on pourra avoir de la fièvre et des réactions liées à des douleurs intenses (malaise vagal, nausées …). 

Forme chronique : Abcédation aigüe du kyste pilonidal 

Cette phase chronique peut, soit succéder à la forme aigüe, ou alors elle peut se produire d’emblée.

Le patient (je vous le rappelle, c’est un jeune homme dans la grande majorité des cas), va connaitre dans ce cas-là, la misère.

En effet, un liquide purulent (avec odeur en plus), ou séro-purulent (plus liquide dans ce cas), va s’écouler à travers la peau par l’orifice d’une fossette, ou par l’orifice d’une fistule.

Tout ceci engendrera des prurits, et une gêne morale intense liée aux souillures quotidiennes.

Le plus embêtant dans l’histoire, c’est que l’on se retrouve dans l’intimité d’une personne jeune, et que souvent, cette dernière, aura du mal à en parler et n’aura pas du tout envie de montrer ses fesses. Ce que je comprends bien aisément. Mais malheureusement, il y sera contraint car cela ne guérira jamais seul.

Donc, autant s’en débarrasser.

Si dans vos proches, un jeune vous signale ce problème, motivez-le à consulter, car c’est trop dommage de souffrir comme ça au long cours.

Pour les abcès aigües, le problème ne se pose pas, car le jeune vient généralement en courant ! Il ne pourra plus s’assoir, il aura beaucoup de mal à marcher et passera des nuits blanches. 

Causes du kyste pilonidal 

Le kyste pilonidal peut être d’origine congénitale. Le bébé venant au monde aura déjà ce kyste en lui. A l’intérieur du kyste seront présents des résidus embryonnaires (débris cellulaires, débris cutanés, des poils et autres …). Ce kyste sera dans ce cas-là, situé juste au dessus du sillon inter-fessier. 

Un kyste pilonidal peux être en relation avec une pilosité trop abondante au niveau du sillon inter-fessier.

Tout cela peut s’aggraver si la personne, en plus d’être trop poilue dans cette zone si particulière, porte des vêtements trop serrés, a tendance à beaucoup transpirer, et/ou reste trop longtemps assise.

Et si pour couronner le tout, cette personne a une hygiène précaire, tout est réuni pour provoquer une abcédation aigüe du kyste pilonidal.

En ce qui concerne l’hygiène, je n’ai jamais eu affaire à un jeune homme venant en urgence au cabinet, pour une vive douleur sacro-coccygienne, et n’étant pas propre par ailleurs. 

Les personnes en surpoids avec trop de graisse dans cette région peuvent être concernées par un kyste pilonidal. 

Les cyclistes passant beaucoup d’heures sur leur vélo peuvent aussi être atteints. 

Si le patient a eu un choc, un hématome ou une plaie dans cette région, il sera plus fragile en ce qui concerne la survenue ultérieure d’un kyste pilonidal. 

Et pour finir, on va parler chiffre. Le kyste pilonidal concerne 1 % de la population masculine et 0,1 % de la population féminine (chiffre sans doute sous-estimé). 

Diagnostic différentiel du kyste pilonidal 

Par diagnostic différentiel, on veut parler d’une maladie qui ressemblerait à un kyste pilonidal, mais qui n’en est pas un. 

Plusieurs diagnostics différentiels : 

  • La maladie de Verneuil. Appelée aussi hidradénite ou hidrosadénite suppurative. C’est une inflammation chronique et suppurative de la peau dans les zones riches en glandes apocrines (glandes fabriquant la sueur). Donc est concernée la région sacro-coccygienne. 
  • Fistule anale. C’est une fistule en provenance de l’anus. En cas de kyste pilonidal avec une fistule se dirigeant vers l’anus, ça peut être trompeur ! 
  • De très rares cas de cancers d’origine vestigiale. 
  • Dégénérescence d’un kyste pilonidal évoluant sur le mode chronique : exceptionnel. 

Traitement du kyste pilonidal 

traitement du kyste pilonidal

Traitement médical 

Le traitement médical n’est que transitoire. Si le patient débarque au cabinet en urgence, et que le patient ne veut pas aller à l’hôpital de suite (pour plein de raisons je suppose), on a moyen de réduire un peu les douleurs pour temporiser, mais il n’y aura bien évidemment pas de miracle. 

On pourra lui prescrire des anti-inflammatoires pour réduire comme vous le devinez … l’inflammation du kyste pilonidal ! On pourra également prescrire des antibiotiques pour tenter de réduire l’infection.

Il pourra aussi, en attendant un traitement chirurgical, investir dans un “coussin orthopédique coccyx” pour pouvoir s’assoir, car rester debout en permanence est compliqué …. Et oui, c’est à ce point là ! Ça fait vraiment super mal cette petite chose mal placée. 

Des compresses chaudes placées au contact du kyste pilonidal pourront être efficaces pour soulager la douleur. 

Mais la façon la plus rapide de soulager la douleur, est d’inciser l’abcès. Le vrai bonheur instantané. Cela ne règle pas le problème du kyste pilonidal pour le futur, mais au moins ça soulagera. 

Traitement chirurgical 

traitement chirurgical du kyste pilonidal

Généralités 

Encore une partie glamour de ce sujet. Le traitement chirurgical est très efficace. Seulement 5 % de récidives s’ il est bien effectué. Mais encore une fois, ce n’est pas des plus sympas. 

Les traitements seront différents suivant les stades de la maladie :  

  • A la phase aigüe, le seul traitement efficace est d’inciser le kyste pilonidal. Cela soulage mais le kyste ne guérira pas et entrera en phase chronique avec la possibilité de faire des fistules et de repartir sur l’abcédation aigüe. 
  • A la phase chronique, le traitement chirurgical devra être curatif. C’est à dire que l’on se donne l’obligation de guérir le patient, et on y arrive dans 95 % des cas. 

Par contre, je vais vous donner quelques techniques chirurgicales, mais sachez qu’il en existe de multiples, et qu’on ne va pas faire un cours de chirurgie approfondie du kyste pilonidal destiné à des internes en chirurgie ! 

Avant de rentrer dans les détails, il faut savoir que le chirurgien préfèrera toujours opérer à froid, c’est à dire une fois que le kyste pilonidal ne fera plus mal. L’opération sera plus efficace. 

Traitement chirurgical par excision 

tritement chirurgical par exision

C’est la technique la plus pratiquée en France… donc c’est la meilleure !! Un peu de chauvinisme ne fait pas de mal ! 

L’excision consiste à découper la peau en profondeur, en enlevant complètement les fossettes inflammatoires, en enlevant les trajets des fistules, en enlevant toutes les zones malades, et en conservant bien évidemment les zones saines. Le résultat sera que nous n’aurons plus de kyste pilonidal, mais que nous aurons un gros trou à la place !

A ce stade, le chirurgien va s’effacer pour laisser la place à l’infirmier(e). Celle-ci (ou celui-ci) sera chargé(e) de réaliser une cicatrisation dirigée.

L’infirmier(e) va s’aider de pansements introduits dans la cavité béante afin de favoriser une cicatrisation dirigée du kyste pilonidal.

La cicatrisation se déroulera en plusieurs stades que seront la détersion, le bourgeonnement puis pour finir l’épidermisation.

Le patient va donc avoir des relations rapprochées avec son infirmier(e) car le pansement sera quotidien et durera entre six à huit semaines. 

Le travail pourra être repris au bout de 15 jours environ. 

Le chirurgien ne sera pas exclu bien évidemment, et va surveiller régulièrement l’évolution de la plaie. 

Tout ça est un peu galère, mais c’est le prix à payer pour guérir. 

Traitement chirurgical avec fermeture immédiate 

Dans ce cas-là, il n’y a pas de plaie béante. Vous me direz que c’est mieux ainsi, mais en fait, ces techniques présentent aussi des désavantages. 

Si on referme simplement la plaie, il y a de forts risques de récidives. 

Si on fait une fermeture en s’aidant de plasties avec fermetures dites asymétriques, on fait une zone d’excision en forme de losange du kyste pilonidal. Cette zone est comblée par un lambeau découpé dans la peau de la fesse qui est sur le côté.

 Par conséquent, le prix à payer de cette technique est d’avoir une cicatrice en Z. Pour parler plus simplement, la raie des fesses ne sera plus en ligne droite, mais elle sera déviée sur le côté.

Technique réservée aux formes peu importantes et peu étendues. Et les risques de complications sont plus élevés. 

Conclusion 

Le kyste pilonidal est une pathologie assez fréquente. Elle touche essentiellement l’adulte jeune et masculin. 

Le traitement comme on l’a vu, est uniquement chirurgical. 

La jeunesse du patient peut être un frein, lié surtout au manque d’envie d’aller montrer ses fesses et de se faire traiter.

De plus, une fois opéré, ce n’est pas fini et il faut encore montrer quotidiennement ses fesses à un(e) infirmier(e).  

J’espère que cet article vous aura au moins appris une chose : Si vous avez un kyste pilonidal, ou si un de vos proches à ce problème, il faut impérativement mettre la pudeur de côté.

Pourquoi s’infliger des douleurs insupportables, des écoulements purulents quotidiens dans son intimité? Pourquoi s’infliger une gêne locale permanente ?

Vous avez le droit de vivre heureux et débarrassé de ce kyste pilonidal pourri ! 

Il vaut mieux montrer une bonne fois pour toute vos fesses (qui ne sont pas hors du commun, soyez en sûr), même si vous êtes pudique. Il faut vous soigner, car vous le méritez.  Le chirurgien et les infirmier(e)s sauront, j’en suis sûr, vous mettre le plus à l’aise possible. Ils font très bien ça ! 

Article écrit le 13 mars 2022 par Docteur santé

Cette page médicale est une source d’information comme bien d’autres et ne détient pas forcément la vérité absolue. Si cette page répond à des questions que vous vous posez, il est impératif cependant d’en parler secondairement à un médecin pour qu’il vous confirme et vous explique vos problèmes médicaux et leurs prises en charge. Internet est sans doute une source d’information très précieuse pour vous, mais seul un médecin (médecin traitant ou spécialiste) peut faire la part des choses et vous soigner correctement.

2 commentaires sur “Kyste pilonidal ”

  1. Et bien en un mois, j’ai entendu ce terme 2 fois alors que je ne connaissais pas …
    Symptôme gênant mais traité avec la fameuse pointe d’humour attendue héhé
    Merci Docteur SANTÉ !

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