Aller au contenu
Accueil » Articles Santé » La perlèche

La perlèche

Qu’est-ce que la perlèche ? 

commissure labiale

La perlèche. Voilà un joli nom pour une maladie assez peu connue et pourtant assez fréquente. 

La perlèche, appelée également chéilite angulaire, est un intertrigo de la ou des commissures labiales. Ça y est, seulement trois mots et vous êtes déjà perdu ! Le terme chéilite vient du grec « chilos » qui signifie lèvre. L’intertrigo vient quant à lui du latin. « Inter » veut dire « entre », et « trigo » veut dire « je frotte ». L’intertrigo décrit donc les affections de la peau (dermatoses) qui se trouvent dans des endroits où deux zones cutanées se frottent et/ou se touchent. Ces zones sont souvent des plis. Dans le cas de la perlèche, l’intertrigo se situe au niveau de la commissure labiale. La commissure labiale est l’endroit où se joignent la lèvre supérieure et la lèvre inférieure. Il y a bien évidemment deux commissures labiales. Cela correspond en quelque sorte aux deux angles de la bouche.  

Les angles de la bouche sont des points d’interface de la peau du visage (épithélium pavimenteux) et de l’intérieur de la bouche (muqueuse). Ils constituent également une charnière mécaniquement dynamique pour l’ouverture buccale qui endure plus de mouvements et de forces de traction que le reste des lèvres. Ainsi, les commissures sont particulièrement sensibles à certaines contraintes. 

aspect lésion perlèche

La perlèche est donc une inflammation d’une ou des deux commissures labiales. Son origine (étiologie) est multiple.

  • L’origine de la perlèche peut être infectieuse : Elle est souvent la conséquence d’une macération de salive à ce niveau. Plusieurs maladies vont être à l’origine de cette macération.
  • La perlèche peut provenir d’une maladies sous-jacente, de carences (en vitamines par exemple), d’effets secondaires de médicaments ou de dérèglements de la bouche. 

Les symptômes sont souvent légers. Et vous mettrez souvent des années à en parler à votre médecin. 

Physiopathologie et fréquence de la perlèche 

Comment se déclenche la perlèche ?

La plupart des cas de perlèche sont dus à une macération physique au niveau des commissures angulaires due à un contact trop abondant avec de la salive.  

La salive contient des enzymes digestives. Ces dernières ont un rôle pour commencer la digestion chimique des glucides. Elles ne sont pas agressives pour la muqueuse buccale. Par contre, s’il existe une macération de salive au niveau de la commissure labiale, ces enzymes digestives vont devenir irritantes pour la peau.  

L’exposition continue à la salive induit une dermatite de contact et une réaction eczémateuse au niveau des commissures. Autrement dit, cela veut dire que la peau en contact prolongé avec la salive va se transformer en quelque sorte en eczéma. Les organismes commensaux locaux vont profiter de cette inflammation cutanée pour infecter la zone. Ces organismes commensaux sont des micro-organismes (champignons, bactéries) présents sur une peau normale et ne provoquant habituellement aucune infection. 

C’est souvent le Candida Albicans qui colonise en premier la peau lésée. Il pourra s’ensuivre une surinfection bactérienne par des staphylocoques et des streptocoques.  

Il existe aussi des causes non infectieuses de perlèche. 

Quelle est la fréquence de perlèche au sein de la population ?

soin dentaire et perlèche

La perlèche est plus fréquente chez les enfants et chez les sujets âgés. Les sujets âgés avec un dentier sont les plus fragiles pour cette maladie (environ 25 %). Les patients atteints d’une maladie inflammatoire de l’intestin sont également plus fragiles. 

La perlèche est l’infection bactérienne et/ou fongique(champignons) la plus fréquente des lèvres. 
 

Étiologie 

Infection

L’infection est la cause la plus fréquente de la perlèche.  Les microbes que l’on va citer dans ce paragraphe sont retrouvés dans plus de 50 à 80 % des lésions.  

Quels sont les facteurs de risque pour faire une infection ? 

Une mauvaise hygiène buccale, une candidose buccale, une maladie gingivale ou une mauvaise dentition augmentent les risques de faire une perlèche. Ces situations vont augmenter l’exposition aux microbes déjà présents localement, ou favoriser leur multiplication.

La morale de ce petit passage : lavez-vous les dents régulièrement. Mais ça, vous le savez depuis que vous êtes petit ! 

Le diabète (encore lui !) augmente le risque d’apparition d’une perlèche. En effet, il favorise une surcroissance de Candida (Le Candida Albicans est le champignon le plus célèbre) en raison de l’augmentation des taux de glucose salivaire et d’une adhérence accrue aux muqueuses (intérieur de la bouche). Un taux de sucre élevé fera toujours « plaisir » aux microbes pour bien se développer. C’est vrai pour l’organisme en général. 

La diminution de l’immunité locale est un facteur de risque de perlèche. L’utilisation chronique de stéroïdes (cortisone au long cours), la chimiothérapie et le VIH en sont des exemples. 

L’appauvrissement de la flore buccale normale dû à une utilisation prolongée d’antibiotiques permet la prolifération des espèces de Candida. 

Quels sont les microbes spécifiques de la perlèche ? 

candida albicans microbe perlèche
Candida Albicans
  • Le Candida (et en particulier Candida Albicans) est la cause la plus fréquente de perlèche. Il s’agit d’une flore commensale normale de la bouche sous forme de levure. 40 à 60 % des individus sont des porteurs sains de ce microbe et constituent un réservoir. Ils ont donc en eux ce microbe mais n’en ressentent aucune manifestation. Par conséquent, le Candida est très présent dans les cas de perlèche (environ 93 % des cas). Par contre, il est l’unique pathogène (microbe) que dans 20 à 50 % des cas. Autrement dit, cela veut dire que le Candida est un facteur favorisant pour d’autres microbes mais qu’il est rarement responsable à lui tout seul de la chéilite angulaire.

Le nombre de colonies de Candida augmente en présence d’une mauvaise hygiène buccale. C’est encore plus vrai en présence de prothèses dentaires. Le diabète sucré non contrôlé est un facteur de risque majeur pour développer une perlèche.

 Une candidose orale concomitante (le fameux muguet !) est presque toujours associée à la perlèche infantile. Pour éviter une récidive, il faudra traiter ce muguet. 

  • Le Staphylococcus aureus est isolé (sans autre microbe associé) dans environ 20 % des cas. Ça veut dire que ce staphylocoque doré (c’est son nom français) est responsable à lui tout seul de 20 % des cas de perlèche infectieuse. A noter que ce microbe est une bactérie. 
  • Le streptocoque bêta-hémolytique est isolé dans 8 à 15 % des cas. C’est plus rarement un agent pathogène unique (comme c’est le cas pour le staphylocoque doré). C’est également une bactérie. 
  • Les infections poly-microbiennes sont à l’origine de la plupart des cas de perlèche infectieuse. On retrouve dans 60 à 75 % des cas une combinaison de Candida albicans et de Staphylococcus aureus. Il pourra aussi y avoir une association d’autres microbes. 

Candidose associée à une déficience immunitaire 

Une déficience immunitaire provoque souvent le développement d’une candidose orale (muguet) avec extension aux commissures labiales. Ceci aura pour effet de provoquer une perlèche. 

L’utilisation chronique de stéroïdes (inhalés ou oraux), le VIH/SIDA peuvent provoquer une immunodépression. 

De nombreuses autres maladies toutes plus complexes les unes que les autres peuvent aussi provoquer un déficit immunitaire. On ne va rentrer dans le détail ! On pourra aussi la retrouver dans des pathologies hématologiques et en cas de tumeurs malignes. 

Dermatite atopique 

Une dermatite de contact, allergique ou irritante, provoque une perlèche jusqu’à 22 % des cas.  

Pour information, la dermatite atopique s’appelle également « eczéma atopique ». C’est une maladie inflammatoire chronique de la peau. Elle se caractérise par des lésions de type « eczéma » associée à une sécheresse de la peau. Cette maladie évolue par poussées. 

Quelles sont les causes les plus fréquentes de dermatite atopique associée à une perlèche ?  

  • Le nickel chez les personnes portant un appareil dentaire, 
  • Les aliments en raison des arômes et des conservateurs, 
  • Le dentifrice, 
  • Les bains de bouche, 
  • Le composant solaire d’un baume à lèvres périmé, 
  • Les cosmétiques pour les lèvres, en raison des conservateurs, 
  • Les produits contre l’acné, 
  • Et même le chewing-gum.  
allergologue

Il faudra faire un test épicutané pour distinguer l’origine irritante ou allergique de ces produits. Jamais vous n’auriez imaginer que l’on puisse faire une perlèche, suite à une allergie à l’un des composants d’un simple chewing-gum ? 

 
Perlèches provoquées par une carence nutritionnelle 

Dans les pays développés, les carences nutritionnelles ne sont heureusement pas très fréquentes. Néanmoins, elles existent dans des populations particulières. 

Ces populations à risque sont : 

  • Les personnes âgées, 
  • Les patients atteints de la maladie cœliaque, 
  • Les personnes démunies (type SDF), les malades mentaux, 
  • Les végétaliens et leurs enfants exclusivement allaités qui ne reçoivent pas de suppléments vitaminiques, 
  • Les patients qui subissent une chirurgie bariatrique (chirurgie de l’obésité) et une résection iléale (chirurgie d’une partie de l’intestin grêle) présentent également des carences nutritionnelles, 
  • La gastrite chronique et la pancréatite chronique, 
  • La maladie de Crohn et la maladie de Biermer (anémie pernicieuse).  

Toutes ces pathologies peuvent provoquer des carences en fer, en vitamines, en différents minéraux et en protéines. Ces carences nutritionnelles peuvent être un facteur favorisant pour développer une chéilite angulaire. Jusqu’à 25 % des perlèches présentent une carence en fer ou en vitamine B.  

Les lésions mécaniques, chimiques ou thermiques récurrentes peuvent provoquer une perlèche 

Les agressions mécaniques, chimiques et thermiques répétées des commissures labiales rendent les angles de la bouche plus sensibles aux lésions. Dans ce cas-là, c’est certaines de nos (mauvaises) habitudes quotidiennes qui peuvent provoquer une perlèche. C’est un comble ! 

La xérostomie contribue à 5 % des cas de perlèche. Voilà encore un terme bien compliqué ! La xérostomie signifie en français le fait d’avoir une sécheresse buccale, tout simplement ! Les causes en sont les suivantes : 

  • La radiothérapie, 
  • Le syndrome de Sjögren (ou syndrome sec), 
  • Des médicaments provoquant une xérostomie et/ou une xérodermie (sécheresse de la peau). Ces médicaments seront entre autres l’isotrétinoïne (utilisé pour l’acné), l’acitrétine (pour le psoriasis), l’indinavir (pour le VIH), le sorafénib (pour le cancer du rein). Il y a aussi les médicaments anticholinergiques (comme certains médicaments pour la dépression, pour l’incontinence urinaire, la dépression …). Il y aura aussi certains anticancéreux, 
  • L’hypervitaminose A, 
  • Les expositions environnementales (chaleur sèche, froid). 

Les comportements répétitifs entraînant un excès de salive au niveau des commissures labiales et entrainant de fait une macération commissurale. Ces comportements inappropriés seront : 

  • Les tics nerveux tels que le léchage excessif des lèvres, 
  • Le suçage de pouce et l’utilisation excessive des sucettes, 
  • La sialorrhée qui est une salivation excessive, 
  • Le bavage appelé également « hypersialie », 
  • L’utilisation agressive du fil dentaire. Là, il faut se calmer ! Tout doit se faire avec équilibre et parcimonie ! 
  • Et pour finir, le tabagisme est également un facteur de risque important. On le met à toutes les sauces me direz-vous. Mais, la cigarette est un vrai poison, même pour la perlèche ! 

Le stress mécanique aigu. Cas de figure par exemple après une amygdalectomie. On a trop écarté la bouche pendant l’opération des amygdales et les commissures labiales se sont abimées. 

 
Manifestations de maladies systémiques 

Certaines maladies systémiques comme le syndrome de Sjögren et les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (les fameuses MICI) peuvent s’accompagner d’une perlèche. Mais c’est quoi une maladie systémique ? J’attendais la question ! Une maladie systémique est une maladie auto-immune. Le système immunitaire du patient va se retourner contre son propre organisme. Le terme « systémique » signifie littéralement que tous les organes (ou les systèmes, d’où le nom) peuvent être atteint par la maladie. Le médecin spécialiste de ces maladies systémiques est le médecin interniste. On l’appelle aussi spécialiste en médecine interne. 

Syndrome de Sjögren (SS) ou syndrome sec. La perlèche est la lésion buccale la plus fréquemment rencontrée dans le SS, suivie par la glossite (inflammation de la langue) atrophique et la candidose buccale. Le Syndrome de Sjögren est une maladie rhumatologique. Elle s’accompagne d’une xérostomie (« bouche sèche ») et d’une hyposialie (« diminution de la salivation »). Cela résulte d’une destruction des glandes salivaires. De façon surprenante, dans cette population de patients, c’est le manque de salive qui provoque la perlèche ! Le fait de ne pas avoir assez de salive empêche la régulation du nombre de Candida dans la bouche. C’est assez simpliste comme explication, mais ça montre que rien n’est facile ! 

Les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin. La maladie de Crohn est la plus fréquente des MICI en ce qui concerne la chéilite angulaire. Elles favorisent l’apparition d’une perlèche de plusieurs façons. L’une d’entre elles est la malnutrition générale qui entrave la cicatrisation des plaies. 

Perlèche idiopathique et facteurs anatomiques prédisposants 

Chéilite angulaire idiopathique 

Il existe des cas de perlèche pour lesquels on ne retrouve pas de facteur déclenchant. C’est ce que l’on appelle des perlèches idiopathiques. 

Tout cas de perlèche idiopathique, après avoir fait l’objet d’une investigation adéquate, doit faire penser à deux problèmes. Le premier est une carence nutritionnelle. Le deuxième est l’existence d’une lésion maligne surtout dans les cas unilatéraux et qui ne répondent à aucun traitement. 

Une cause rare de perlèche est le glucagonoma. C’est une tumeur endocrine pancréatique…et on en reste là ! 
 

Facteurs anatomiques prédisposants 

On peut avoir des altérations de la structure de la bouche entraînant des modifications de l’approximation des lèvres et une augmentation de l’accumulation de salive et de la macération au niveau des commissures labiales.  

La perte normale de turgescence de la peau due au vieillissement, au tabagisme ou à une perte de poids rapide peut favoriser une perlèche. 

Des problèmes dentaires sévères peuvent être aussi responsables. 

Un sillon profond de la peau dépendant des commissures (lignes de marionnettes) est parfois en cause. C’est en fait une grosse ride intéressant la commissure labiale. 

Affections associées à des lèvres hypertrophiées. Ce sont des grosses lèvres (non celles liées à l’injection d’acide hyaluronique !). La granulomatose oro-faciale (GFO) en est l’exemple typique. 

Un syndrome de Down. Cette maladie avec une macroglossie (grosse langue) entraîne une protrusion de la langue (sortie de la langue en dehors de la bouche) et de la bave. Ça s’accompagne souvent de perlèche. 

Antécédents et examen clinique 

Antécédents favorisant l’apparition de la perlèche 

Pour bien poser le diagnostic de perlèche, il faudra alors insister sur les antécédents pouvant favoriser son apparition. 

Le médecin posera des questions sur l’historique de vos problèmes et soins dentaires. Il voudra savoir si vous possédez un appareil dentaire. 

Il vous posera d’autres questions pour savoir s’il existe des symptômes évocateurs d’une maladie systémique. La diarrhée, l’hématochézie et les douleurs abdominales seront évocatrices de la maladie de Crohn. La sécheresse des yeux et de la bouche feront penser à syndrome de Sjögren. Je voulais placer le mot « hématochézie » pour vous impressionner. C’est un terme médical, très peu employé. Il décrit une émission de sang rouge non digéré par l’anus ! 

muguet
Présence d’un muguet

La présence d’un muguet fait également se poser des questions. En effet, le muguet est fréquent chez des personnes souffrant de diabète, utilisant certains médicaments (d’inhibiteurs de la pompe à protons, cortisone) et en ayant le VIH. 

Pour résumer, le diagnostic de perlèche est plus facile à faire si l’on retrouve un antécédent que l’on connait, prédisposant à cette pathologie. 

Aspects cliniques de la perlèche 

Dans ce paragraphe, vous aurez droit à une succession de nombreux termes de dermatologie. Les dermatologues sont très « descriptifs » quand ils parlent d’une lésion cutanée ! 

 
Douleurs 

La douleur n’est pas toujours présente. Quand elle survient, elle est généralement légère. Elle se manifeste par une sensation habituellement décrite comme « sèche », « démangeaison », « douleur », « irritation », « brûlure ». Elle ne s’étend pas au-delà de la lésion elle-même. Si elle est présente, l’ouverture de la bouche exacerbe la douleur. La perlèche peut être suffisamment grave pour rendre l’alimentation difficile et aggraver une malnutrition. Exacerbation en médecine veut dire “aggravation”. 

Aspects des lésions de perlèche 

En tant que processus inflammatoire, la chéilite angulaire présente les caractéristiques classiques de plaques de peau rouges, œdémateuses et souvent douloureuses au niveau des commissures labiales. Il s’agit de lésions grossièrement triangulaires. Les cas bénins peuvent présenter un érythème rosé, les lèvres adjacentes étant normales ou gercées. Au fur et à mesure que l’affection progresse, l’humidité entraîne la macération et l’érosion de la peau superficielle, ce qui donne lieu à de petites lésions blanc-gris bordées d’une muqueuse rougie. Dans les cas plus modérés, la peau devient papuleuse (petite éminence cutanée), eczémateuse et plus fissurée. Ces lésions plus avancées peuvent être blanc-bleuâtre avec une écaille exfoliative (desquamative) associée, entourée d’érythème.  

Dans les cas graves, les fissures sont suffisamment profondes pour provoquer des saignements, mais cela est rare dans la perlèche. Si l’inflammation est suffisante, la peau endommagée peut exsuder (émettre quelque chose par suintement) et former une croûte, mais ceci est plus typique des lésions tardives. La perlèche bactérienne est plus susceptible de présenter des exsudats de couleur miel, des pustules et des exsudats purulents.  

Une perlèche de longue date peut également être d’aspect suppuratif, exfoliant et développer un tissu de granulation (tissus conjonctif riche en cellules et en vaisseaux sanguins). 

L’atteinte est le plus souvent isolée aux angles de la bouche avec une atteinte limitée du visage ou des lèvres adjacentes. Certains cas peuvent diffuser, notamment le long des rides. Elle est le plus souvent bilatérale et symétrique, mais pas toujours. 

Il faut toujours examiner la cavité buccale à la recherche d’une candidose orale (muguet) ou d’autres pathologies de la bouche. 

Examens para-cliniques 

Examens fréquents 

Le diagnostic de la chéilite angulaire est souvent purement clinique. Par conséquent, les examens de laboratoire ne sont généralement effectués qu’après l’échec du traitement initialement prescrit. 

Cependant, comme l’infection est la cause la plus fréquente de perlèche, on pourra rechercher d’entrée de jeu un Candida et/ou une bactérie.  

Si l’on veut confirmer la présence d’un champignon et en particulier d’un Candida Albicans, il faudra faire un prélèvement local. Plusieurs examens de laboratoires pourront ensuite être effectués. Ces derniers donneront le type précis du microbe et les médicaments (antifongiques) qui seront efficaces. 

Staphylocoque doré
Staphylocoque doré

Ce sera la même chose quand on suspecte une bactérie de type staphylocoque doré ou streptocoque. Un antibiogramme, une fois la souche de la bactérie isolée, donnera la liste des antibiotiques efficaces. 
 

Examens plus spécifiques 

On pourra aussi faire des examens complémentaires quand on suspecte une maladie sous-jacente.  Il s’agira, je vous le rappelle, de carences nutritionnelles, de maladies systémiques, de maladies entrainant une immunodépression. 

Si le traitement de première intention (association antifongique/antibiotique) n’apporte aucune amélioration clinique au bout de 2 à 3 semaines, il faudra faire une prise de sang. Cette prise de sang devra inclure le taux d’Hémoglobine, le dosage du fer et de la ferritine, les folates, les vitamines B2/B6/B12, et la glycémie à jeun. 

Si une candidose orale est confirmée, et que la perlèche a du mal à partir, il faudra alors rechercher des maladies sous-jacentes. Il faudra faire une sérologie HIV, et des tests biologiques à la recherche d’un diabète (glycémie à jeun, dosage de l’hémoglobine glyquée HBA1c) 

 
Si on suspecte un déficit nutritionnel, il faudra doser : 

  • Taux sérique d’acide folique, 
  • Dosage de la vitamine B12 au niveau sanguin et au niveau urinaire, 
  • Dosage de la vitamine B2 dans les urines, 
  • Profil sérique (dans le sérum) du fer : taux de fer, saturation en fer, taux de ferritine, 
  • Zinc : taux de zinc sérique. 
tests épicutanés

On pourra faire des tests épicutanés pour confirmer une dermatite de contact allergique responsable de la perlèche 

 
Si l’on suspecte un cancer, il faudra bien évidement réaliser une biopsie. 
 

Traitements de la perlèche 

Le traitement dépend de l’étiologie infectieuse ou non infectieuse.  

En pratique courante, on utilisera en première intention un traitement empirique. Mais que veut dire ce terme bizarre « empirique”? Un traitement empirique va s’appuyer sur l’expérience de votre médecin préféré et sur ce qu’il aura observé. Comme l’infection est la cause la plus fréquente de chéilite angulaire, il commencera sans attendre par un traitement antiinfectieux.  

L’eczéma induit par la salive et la macération qui en résulte est un facteur favorisant l’apparition de la perlèche. Il faudra alors protéger les commissures labiales avec l’application locale de topiques (vaseline, émollients ou baume à lèvres).  

Donc, en mettant un traitement local anti-infectieux et en protégeant les commissures labiales de l’eczéma, c’est souvent très efficace et l’histoire s’arrête là. 

Médicaments antifongiques 

Les infections fongiques nécessitent des médicaments fongicides topiques ou systémiques. Ouh là, compliquée cette phrase! En Français, cela veut dire que pour tuer un champignon, il faut un médicament spécifique (fongicide ou antifongique), que l’on va utiliser par voie locale (avec une crème par exemple) ou par voie générale (comprimé ou gélule). 

Traitements antifongiques locaux 

Ces médicaments seront appliqués sur les commissures labiales, trois fois par jour en général et ce pendant deux à trois semaines. 

Ce sont essentiellement des crèmes et des pommades. 

Il existe de nombreuses molécules que l’on va pouvoir utiliser pour traiter localement une perlèche. La Nystatine et le Kétoconazole sont souvent utilisés. Il y a aussi la crème de clotrimazole. Cette dernière a également une action sur certaines bactéries. Ceci est intéressant en cas d’infection mixte levures/bactéries. D’autres molécules sont également efficaces, mais on ne va pas rentrer dans les détails. 

 
Traitements antifongiques oraux (systémiques) 

La nystatine par voie générale est utilisée dans les cas légers de muguet associé à une perlèche. En effet, le traitement local ne suffit pas. 

On utilise les triazolés (famille de médicaments antifongiques) dans les cas modérés à graves de candidose buccale. Quand il y a une atteinte de l’œsophage, ils seront utilisés systématiquement.   

Par contre, les triazolés sont des inhibiteurs du système hépatique du cytochrome P450 et peuvent interagir avec d’autres médicaments. En médecine, et en particulier en thérapeutique, vous entendrez souvent parler du fameux cytochrome P450. Le cytochrome P450 est composé d’enzymes présentes dans différents tissus (dont le foie). Ces enzymes vont avoir, entre autres, le rôle de métaboliser de nombreux médicaments. La métabolisation enzymatique d’un médicament produit un ou plusieurs composés que l’on appelle des métabolites. Ces métabolites seront soit actifs, soit inactifs. Bon on s’arrête là. Tout ça pour dire, que lorsque l’on prend un antifongique par voie orale, il faut faire très attention aux très nombreuses interactions médicamenteuses. Ces interactions peuvent se révéler très dangereuses pour vous ! D’où l’intérêt de toujours signaler à son médecin, mais aussi à son pharmacien (qui a le rôle de « contrôleur ») la liste des médicaments que l’on absorbe au quotidien, ou ponctuellement. 

 
Antibiotiques locaux et systémiques  

Les infections bactériennes nécessitent des antiseptiques et/ou des antibiotiques topiques (locaux). 

La durée du traitement est de 1 à 2 semaines avec plusieurs applications par jour. 

Les deux molécules les plus utilisées sont la Mupirocine 2% pommade et la crème d’acide fusidique 2%. 

Parfois, il faut un traitement antibiotique par voie générale quand la perlèche bactérienne résiste au traitement local. On choisira de préférence l’antibiotique après un prélèvement local et l’obtention d’un antibiogramme. On citera comme molécule l’acide fusidique et la Pristinamycine. Il y en a d’autres bien évidemment. 

Glucocorticoïdes topiques et autres 

Les glucocorticoïdes (la fameuse cortisone) topiques (crèmes et pommades) sont utilisés en monothérapie dans les processus strictement inflammatoires ou en complément d’un traitement anti-mycosique ou antibactérien pour diminuer l’inflammation, améliorer la guérison des érosions et prévenir les rechutes. 

La supplémentation nutritionnelle est nécessaire en cas d’avitaminose, de carences en minéraux ou de malnutrition générale. 

Les soins dentaires sont souvent indispensables. C’est le cas en particulier des patients avec un appareil dentaire. 

Il faudra veiller également à soigner toutes les pathologies dentaires ayant une action sur les commissures labiales.  

Contrôle des maladies sous-jacentes influençant l’apparition d’une perlèche. 

Arrêter les mauvaises habitudes favorisant la chéilite angulaire. Il faut arrêter de fumer et stopper le léchage des lèvres ! 
 

Conclusion 

Je pensais faire au début un simple « petit article » sur la perlèche. Mais en fait, cette petite affection de la commissure labiale est une histoire bien plus complexe qu’elle n’y parait. Elle est la plupart du temps bénigne, et très facile à traiter. 

Mais avec cette chéilite angulaire, on entre aussi dans le champ d’action de la médecine interne. En effet, son apparition peut traduire une multitude de pathologies qui vont favoriser son apparition. Ça ira du diabète, en passant par les carences nutritionnelles, les maladies inflammatoires (surtout digestives), les anomalies dentaires, etc… 

Par conséquent, si vous êtes atteint d’une perlèche, il ne faut pas négliger ce problème. Si la chéilite angulaire persiste, il faut pousser les investigations médicales pour en trouver l’origine. 

De plus, si on laisse évoluer trop longtemps une perlèche, on pourra avoir des séquelles irréversibles. Ces séquelles seront une atrophie des tissus avec une cicatrice et/ou une décoloration permanente. 

Article écrit le 24 mai 2022 par Docteur santé

Cette page médicale est une source d’information comme bien d’autres et ne détient pas forcément la vérité absolue. Si cette page répond à des questions que vous vous posez, il est impératif cependant d’en parler secondairement à un médecin pour qu’il vous confirme et vous explique vos problèmes médicaux et leurs prises en charge. Internet est sans doute une source d’information très précieuse pour vous, mais seul un médecin (médecin traitant ou spécialiste) peut faire la part des choses et vous soigner correctement.