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Prostatisme

prostatisme

Qu’est-ce que le prostatisme ?

Comme vous vous en doutez, ça parle de …. prostate. Bravo, vous avez gagné !  

Le prostatisme n’est pas une maladie au sens littéral du terme. Par contre, cela parle d’une maladie que l’on appelle adénome de la prostate ou hypertrophie bénigne de la prostate (HBP). En effet, le terme prostatisme regroupe des symptômes que l’on retrouve dans cette maladie prostatique qu’est l’adénome. C’est un ensemble des symptômes urinaires gênants évoquant fortement cette maladie urinaire. 

Cela est donc un problème purement masculin. C’est vrai que vous mesdames et mesdemoiselles, avez tout au long de votre vie plus ou moins de misères concernant votre appareil génital. Et cela peut commencer très tôt avec les premières règles qui sont assez souvent douloureuses, voire très douloureuses (dysménorrhées… et hop, un petit mot médical compliqué en passant).

Pour vous les hommes, peu de problèmes avec votre appareil génital avant l’âge de 50 ans. Peut-être un petit problème de décalottage dans la petite enfance, une petite prostatite par la suite (infection de la prostate), ou même parfois une chorio-épididymite. Je vous sens un peu perdu là ! Une chorio-épididymite n’est pas une pathologie très fréquente. C’est une inflammation (souvent liée à une infection) des bijoux de famille concernant le testicule et son “chapeau” que l’on appelle l’épididyme. Donc l’homme jeune et jusqu’à 50 ans, ne subit généralement rien de méchant concernant cette partie de son intimité.  

Par contre, à partir de 50 ans, pour environ au moins un homme sur deux, les ennuis vont commencer, et ce n’est vraiment pas très sympa comme on va le détailler. Mais toujours petite note positive me concernant, il y aura toujours des solutions pour vous soulager efficacement, messieurs ! Donc, on se relâche, on se détend avant de lire la suite. 

La prostate 

Qu’est-ce que la prostate ? 

consultation chez l'urologue

Quand on veut définir le prostatisme, il faut d’abord bien comprendre ce qu’est la prostate

La prostate chez l’homme a une double casquette. Elle fait partie de deux systèmes du corps humain que sont l’appareil reproducteur et l’appareil urinaire. 

Nous avons parlé brièvement des femmes précédemment. Ces dernières consultent un gynécologue quand elles ont un problème purement féminin (ou pathologie gynécologique). Elles consultent un urologue quand elles ont un problème urinaire. Les deux entités sont bien distinctes. Par contre, chez l’homme, rien de tout ça ! Il n’existe pas “d’andrologue”.

Officiellement, la spécialité existe, mais personnellement, je n’en ai jamais vu, ni jamais entendu parler. En réalité, un seul médecin spécialiste s’occupe de ces deux versants de la médecine pour l’homme (appareil génital et appareil urinaire) : il s’agit de l’urologue

La prostate fait partie des glandes de l’organisme. C’est une petite glande exocrine de l’appareil génital masculin. Exocrine veut dire que cette glande sécrète une substance liquide qui sera acheminée vers l’extérieur de l’organisme. Dans le cas présent, cette substance sera le liquide séminal. Le liquide séminal est fabriqué pour 20 % par la prostate. C’est un des constituants du sperme, associé aux spermatozoïdes. 

Anatomie de la prostate 

Petit rappel pour certains, ou découverte pour d’autres, de l’anatomie de la prostate. Savoir à quoi correspond la prostate sera très utile par la suite pour comprendre les symptômes du prostatisme

La prostate est une glande de la taille d’une noix, située juste sous la vessie, entourant le confluent des voies urinaires et des voies spermatiques. La prostate entoure la partie supérieure de l’urètre. L’urètre est le canal transportant l’urine (et également le sperme) de la vessie à l’orifice externe du gland (que l’on appelle le méat urétral c’est à dire le “trou” par lequel s’écoulent les urines … et le sperme). 

Cette petite glande pèse environ 20 grammes. Elle est de couleur blanchâtre ou tire vers le rose pâle. Elle est de consistance élastique et relativement ferme. 

J’en termine là, mais comme cette description anatomique est très sommaire, je vous invite à lire cet article très détaillé sur l’anatomie de la prostate.

Adénome de la prostate 

adenome de la prostate

L’adénome de la prostate ou hypertrophie bénigne de la prostate, est l’évolution naturelle de près d’un homme sur deux après l’âge de 40 ans, mais plus surement de 50 ans. 

Adénome prostatique et prostatisme ne sont pas forcément associés. En effet, un homme pourra avoir une grosse prostate mais sans réels symptômes de prostatisme. A l’inverse, un homme avec une petite prostate pourra avoir des symptômes de prostatisme (sa prostate sera petite … mais costaud). 

L’adénome de la prostate est caractérisé par une hyperplasie du tissu conjonctif et des cellules musculaires lisses de la zone de transition de la prostate. Je ne vous l’ai pas dit, mais la prostate est divisée en cinq zones (cf. le lien avec l’anatomie détaillée). C’est dans cette zone de transition, que la prostate est traversée par l’urètre. Donc, l’hyperplasie de la zone de transition entraîne une obstruction urétrale avec des difficultés pour évacuer l’urine en provenance de la vessie. Cette obstruction aura des répercussions sur le haut appareil urinaire et sur le bas appareil urinaire. On verra ça dans les symptômes du prostatisme. 

La prostate va donc progressivement augmenter de volume, pouvant dépasser 50 grammes ou beaucoup plus parfois (jusqu’à 6 à 7 fois la taille initiale de la prostate). Cette augmentation est sous l’influence des hormones masculines, que l’on appelle les androgènes. 

L’adénome prostatique ne dégénèrera pas en cancer. Mais on peut très bien avoir un adénome prostatique et un cancer dans la zone périphérique de la prostate. 

Prostatisme : symptomatologie 

L’hypertrophie bénigne de la prostate (HBP) devient symptomatique, par l’intermédiaire de deux mécanismes. Ces deux mécanismes seront : 

  • La création d’un obstacle sous la vessie pour l’écoulement des urines : c’est ce qu’on appelle un syndrome obstructif. 
  • La création d’une modification du fonctionnement de la paroi de la vessie : c’est ce qu’on appelle l’hyperactivité vésicale. 

Ce sont les deux grands groupes de symptômes du prostatisme. Viendront ensuite d’éventuelles complications. 

Le patient peut aussi avoir des troubles sexuels. Notamment, le jet éjaculatoire peut être moins puissant. On peut avoir aussi des dysfonctions érectiles (appelé autrefois “impuissance”, mais terme pas approprié au final). 

Prostatisme : syndrome obstructif 

Définition

Le syndrome obstructif est lié à la compression de l’urètre par l’adénome avec comme conséquence une diminution du calibre de l’urètre et une gêne à la vidange vésicale. Dans ce cas, le prostatisme se manifestera par les symptômes suivants (avec à la clé des noms assez bizarres !) : 

Symptômes du prostatisme

symptome du prostatisme
  • Pollakiurie : c’est peut-être pour moi, et aussi pour vous messieurs, le maitre symptôme du prostatisme. La pollakiurie est une augmentation de la fréquence des mictions pendant le nycthémère. Ouh là ! Deux mots à expliquer. La miction en français est l’évacuation des urines de la vessie vers les toilettes, un arbre ou un mur… ou vers ce que vous voulez, pourvu que ça sorte ! Le nycthémère correspond à 24 heures de temps c’est à dire un jour et une nuit. En effet, on parle de pollakiurie diurne (dans la journée), et de pollakiurie nocturne (dans la nuit). La pollakiurie peut rapidement devenir une torture mentale et physique. On a donc tout le temps envie d’aller uriner. 
  • Nycturie : C’est le symptôme du prostatisme dans lequel la maladie impose des réveils nocturnes pour aller vidanger la vessie. Mon record était un patient âgé qui devait uriner, au moment où il m’a consulté, environ 10 fois par nuit minimum !!! Cette nycturie peut également avoir d’autres origines que l’adénome de la prostate, surtout chez les patients âgés. 
  • Urgenturie : Encore un symptôme pas sympathique du prostatisme. Cela correspond à une envie soudaine d’aller uriner, avec un besoin totalement irrépressible et impérieux de le faire. Et si l’on attend quelques minutes de trop, le risque est de « se pisser dessus ». Le terme ne vient pas de moi, mais des patients. Je connais des personnes programmant leurs sorties en ville avec les lieux où il est possible d’aller uriner dans l’urgence ( bars, grandes surfaces …). 

D’autres éléments peuvent déclencher les symptômes du prostatisme. Ce seront par exemple le bruit de l’eau s’écoulant d’un robinet, des promenades dans le froid, le croisement des jambes… 

Prostatisme : hyperactivité vésicale 

toilettes urgence envie d'uriner

L’hyperactivité vésicale est liée au fait que la vessie rencontre des difficultés progressives pour se contracter. Et oui, la vessie est un muscle ! Du coup, la vessie va mal se vidanger et ne se videra finalement plus complétement. Il restera une quantité plus ou moins importante d’urine dans la vessie à la fin de la miction : c’est ce qu’on appelle le résidu post-mictionnel (que l’on calcule lors d’une échographie urinaire). Dans ce cas de figure, le prostatisme se manifestera par les symptômes suivants : 

  • Dysurie : Un des autres maitres symptômes du prostatisme. Le patient, ou vous messieurs, aurez des difficultés à uriner. Cela se manifestera par un retard au décollage (vous poussez, et rien ne sort), par un jet faible (un petit filet de rien du tout), un jet en “arrosoir” (vous en foutez partout, madame va être contente !). 
  • Jet haché : Il fait partie de la dysurie. La miction se fait en plusieurs temps. 
  • Nécessité d’une poussée abdominale. Comme cela a du mal à sortir en cas de dysurie le patient, impatient, va pousser fortement avec son ventre pour faire sortir cette fichue urine. 
  • Faible volume d’émission d’urine. On n’urine pas grand-chose, et c’est là que va se poser le problème du résidu vésical post-mictionnel. 
  • Gouttes retardataires. Ça aussi ce n’est pas cool. On a fini d’uriner, cela s’est relativement bien passé. On se rhabille, et là, catastrophe, les urines se remettent à couler et en on s’en met plein le slip (ou le caleçon, ou le shorty…). 
  • Sensation de vidange incomplète de la vessie. 
  • On peut aussi avoir des mictions douloureuses.

Prostatisme : complications 

Complications aigües du prostatisme 

Le prostatisme peut s’accompagner de complications aigües : 

  • Complications infectieuses. Elles sont favorisées par les urines stagnantes dans la vessie. L’infection pourra toucher la prostate en provoquant une prostatite aigüe, elle pourra aussi provoquer une orchi-épididymite. 
  • On pourra avoir une rétention aigüe d’urines (avec un globe vésical). Tout est bloqué, et il y aura nécessité d’aller à l’hôpital pour vider la vessie (par sondage vésical avec une sonde urinaire si possible ou par la pose d’un cathéter sus-pubien). Cette rétention aigüe d’urine est provoquée en plus de l’adénome prostatique, par une prostatite aigüe, par la prise de certains médicaments anticholinergiques entre autres, par la constipation … 
  • On peut aussi avoir dans certains cas une hématurie, c’est à dire du sang dans les urines. 

Complications chroniques 

Le prostatisme peut s’accompagner de complications chroniques : 

  • Résidu post-mictionnel s’aggravant progressivement. La vessie se vide de moins en moins et provoque une rétention chronique d’urine. Le muscle de la vessie se dilate de plus en plus, et provoque un globe urinaire chronique. Ceci peut provoquer des mictions par regorgement. 
  • Insuffisance rénale chronique obstructive. Les reins et leurs cavités vont se dilater en raison du trop plein de la vessie. Ce trop plein va provoquer un reflux vésico-urétéral. Au lieu de descendre des reins vers la vessie, l’urine va faire le chemin inverse, ce qui n’est pas du tout normal, et aura comme résultat d’abimer les reins. 
  • Lithiases urinaires. Comme les urines sont stagnantes dans la vessie, il va pouvoir se former des calculs urinaires “de stase”. 
  • A force de trop pousser pour uriner, d’autres symptômes peuvent arriver. Ce seront des hernies digestives, des hémorroïdes, un possible affaissement du rectum (en plus des urines, voilà maintenant les selles !) …  

Les troubles de la vidange vésicale, sont assez tardifs dans l’évolution de la maladie, mais par contre, ils sont souvent plus graves quant aux conséquences. 

Prostatisme : diagnostics différentiels

diagnostics prostatisme

Quand on parle de prostatisme, cela concerne l’adénome de la prostate. D’autres maladies peuvent donner des symptômes similaires, ou alors assez ressemblants. 

Ce sont : 

  • Vessie neurologique. Pour fonctionner, la vessie qui est un muscle a besoin de commandes neurologiques en bon état. S’il existe une maladie neurologique (Sclérose en plaque entre autres), le fonctionnement de la miction peut être altéré (y compris chez les femmes bien sûr !). 
  • Sténose de l’urètre. 
  • Calculs urinaires obstructifs. 
  • Hyperactivité vésicale idiopathique. 
  • Tumeurs de la vessie.
  •  Sclérose du col de la vessie (surtout après endoscopie urinaire). 

Conclusion 

Voilà, j’espère avoir fait le tour de la question en ce qui concerne le prostatisme

Bien sûr, le prostatisme ne concerne que la symptomatologie de l’adénome de la prostate. Il resterait encore beaucoup de choses à discuter concernant cette maladie, comme les examens qu’il faut réaliser (dont le fameux TR.… le toucher rectal !), les traitements médicaux et chirurgicaux, les démarches de prévention et d’amélioration des symptômes en dehors des médicaments … 

Dernier point, juste pour vous le sachiez, votre médecin (généraliste et/ou urologue), pourra vous faire passer un petit test avec des questions pour déterminer un score, que l’on appelle le score IPSS (International Prostate Symptom Score). C’est un outil de dépistage de cette maladie prostatique, de diagnostic et de suivi. Donc à connaitre ! 

Si ce sujet vous intéresse, vous pouvez consulter le test de l’IPSS.

Moralité de tout ça, en cas de prostatisme, parlez-en à votre médecin sans attendre, car il existe plein de solutions, faciles au début pour empêcher cette maladie d’évoluer, ou tout du moins, de ralentir son évolution. N’attendez pas de vous lever plus de cinq fois par nuit et de déclencher à terme une insuffisance rénale ou autre. 

Article écrit le 24 mars 2022 par Docteur santé

Cette page médicale est une source d’information comme bien d’autres et ne détient pas forcément la vérité absolue. Si cette page répond à des questions que vous vous posez, il est impératif cependant d’en parler secondairement à un médecin pour qu’il vous confirme et vous explique vos problèmes médicaux et leurs prises en charge. Internet est sans doute une source d’information très précieuse pour vous, mais seul un médecin (médecin traitant ou spécialiste) peut faire la part des choses et vous soigner correctement.